Pour la première fois
depuis plus de 30 ans d'activité, CitéCréation a organisé le
vernissage d'une exposition sur leurs murs peints.
Rendez-vous en fin de
journée à quelques pas de l'assemblée Nationale, dans un immeuble
cossu Parisien. Au premier étage, Aïcha Bezzayer, responsable de la
communication de CitéCréation, nous accueille avec en arrière plan
un patchwork des réalisations des artistes dont « la fresque des
Lyonnais ». Cette fresque, avec « Le mur des canuts» leur a permis de
réaliser des fresques à l’étranger et d’acquérir une renommée
mondiale.
Lorsque des délégations de Mairie étrangère étaient de
passage à Lyon, la Mairie organisait une visite de la ville en
incluant dans le parcours une visite des fresques : simple mais
efficace pour se faire connaître et obtenir des contrats pour
effectuer des fresques.
Au détour d’un
couloir, deux maquettes originales du musée Urbain Tony Garnier, de
deux mètres de hauteur, attirent le regard. Juste à côté, les posters
des fresques
réalisées nous montre le passage de l’atelier à la réalité. La
concordance entre le projet et la réalisation est troublante, cela
parait simple, si simple, mais en s’imageant au pied du mur on devine
l’ampleur de la tâche.
La communauté
Urbaine de Lyon est à l'origine de cette exposition. Son but est de
lutter contre les clichés de la ville en montrant le dynamisme et la
réelle activité de Lyon, au travers de ses fresques. La communauté
Urbaine de Lyon, la cible de cette exposition, compte environ 23 000
personnes. Des lyonnais qui vivent dans la capitale depuis des années.
Au rendez-vous de cette exposition, plus de 300 personnes se sont
pressées pour observer les nombreuses réalisations de CitéCréation.
Au détour d’un
couloir, M Gilles BUNA, Adjoint au Maire de Lyon délégué à
l’Aménagement et à la Qualité de la Vie, nous précise la fierté de la
ville d’avoir développé cette stratégie d’embellissement de la ville
grâce aux fresques murales. « Lyon arrive en cinquième position au
niveau mondial » nous précise t’il, après Philadelphie, Los Angeles,
Mexico et Berlin. En fait c’est certainement vrai au niveau
qualitatif, mais au niveau quantitatif Paris devance Lyon (rien que
sur ce site). Par contre, dans la capitale les sont presque
invisible : la taille de la ville, le nombre des rues, et les
emplacements retenus font que cet art passe pratiquement inaperçu, ce
qui est complètement l’inverse à Lyon. De plus, la stratégie entre les
deux villes est littéralement opposée. A Lyon les habitants peuvent
facilement s’identifier à l’histoire de leur ville, alors que dans
Paris !!
Dans la salle
suivante, un écran d’ordinateur présente des fresques au cours de leur
réalisation, dans une autre, le site internet de
CitéCréation
est en démonstration, sur les tables, des affiches de certaines
fresques, des livres, des cartes postales, aux murs des panneaux avec
des photos de très nombreuses réalisations des cinq coins de
l’Hexagone et des quatre coins du globe. L’œil du visiteur est
constamment interpellé.
Puis soudain, dans la salle centrale, c’est
l’heure de l’échange avec les artistes. Dans la salle surchauffée par
l’abondance des visiteurs, plus aucnue chaise de libre. L’échange
commence, les questions fusent. Quelle est la durée de vie d’une
fresque ?, comment choisissez-vous les peintures pour qu’elles
résistent au temps ?
Quelle est la durée de vie d’une fresque ? Gilbert Coudène
Cité Création:
Ce n’est pas une question simple car en Chine certaines réalisations
sur des rochers datent de 7 à 8000 ans. Les fresques ont tenu aussi
longtemps car à l’époque les matières premières étaient naturelles,
de la terre, de la boue, des végétaux, des couleurs particulières qui
ont fini par fossiliser. Certaines sont en intérieur, d’autres en
extérieur mais protégées de la pluie. Pour une fresque actuelle, la
durée de vie maximale est d’environ 30 ans, mais cela dépend si elle
est exposée à la pluie, à la pollution ou non, si elle est nettoyée
régulièrement ou non. La peinture tiendra, généralement c’est le
support qui ne suit pas.
Gilbert Coudène et l'acteur
Christian
Marin en pleine discussion
Quelle est votre
première réalisation dans la ville de Lyon ?
Gilbert Coudène Cité Création:
Le mur des canuts. Pour la petite histoire, il explique que la fresque
a été commanditée par un publicitaire qui voulait que son panneau ne
soit pas tout « seul ». Finalement les habitants du quartier étaient
tellement étonnés et choqués d’y voir un panneau de publicité, que le
publicitaire a été obligé de l’enlever (voir sur le site la première
version du mur). Il a négocié avec la Mairie un autre emplacement, et
la publicité a ainsi disparu de la fresque des Canuts, symbole de la
ville.
Comment vous
définissez-vous ?
GC: Nous sommes des « artisans » peintres muralistes, nous
voulons juste laisser une trace dans le temps. Et lorsqu’on regarde
l’histoire des murs peints dans la civilisation, la finalité était la
même que maintenant :
- laisser une trace dans le futur -être un
lieu d’échange
- être un lieu de reconnaissance
Et la fresque des
personnalités, comment allez-vous la gérer dans le temps ?
GC : À
l’origine de la création de la fresque, seul le rez-de-chaussée était
réservé aux personnalités Lyonnaises vivantes. Mais la disparition de
Frédéric Dard puis de l’Abbé Pierre a rendu cette approche obsolète.
Pour l’Abbé Pierre, les gens venant en nombre, à sa disparition,
déposer des fleurs devant son effigie. C’était le seul endroit où ils
pouvaient venir se recueillir. Dès lors, nous ne pouvions plus
l’enlever du rez-de-chaussée pour le déplacer d’un étage
Lionel GRIPON :
Vous êtes organisé en coopérative (en SCOP : Société Coopérative
Ouvrière de Production), ce qui, dans le domaine artistique est un peu
unique, pouvez-vous nous expliquer le pourquoi du comment ?
GC : Nous sommes en coopérative, mais ceci est apolitique. Au
niveau de CitéCréation, une personne équivaut à une voie et ceci a
tous les niveaux de la réalisation d’une fresque. Nous partageons
ensemble les différents choix de ce que nous faisons. Nous avons
d’ailleurs la parité homme femme dans notre entreprise depuis
longtemps, 6 hommes et 6 femmes. Nous travaillons avec plus de 70
muralistes ce qui nous permet de faire émerger de nouveaux talents.
Ils travaillent avec nous sous forme de compagnonnage, ce sont
majoritairement des élèves d’arts appliqués. Et il est vrai que ce
travail collectif n’apparaît que sous la signature CitéCréation, mais
nous restons individuellement des artisans muralistes.
Halim Bensaïd répondant à une journaliste
LG :Vous
avez développé de nombreux concepts originaux, les fresques des
personnalités, les parcours des fresques, les fresques végétales et
enfin les cités HLM « habillées », concernant ce dernier concept
est-ce que cela a changé quelque chose au niveau des habitants ?
Halim Bensaïd
CitéCréation : En fait je parlerais plutôt de Design Urbain que de
fresque habillée, car en transformant une cité, l’œuvre a une
dimension pérenne qui permet une redynamisation et revitalisation du
quartier. La fresque permet de rendre plus beau le cadre de vie, les
personnes deviennent fières de leur habitat, invitent des amis chez
eux, on vient visiter l’endroit le dimanche, et le taux de délinquance
baisse. La délinquance n’a pas été endiguée, elle s’est déplacée et
est sortie de la cité. Le quartier de la Sara à Lyon reste quand même
une cité HLM avec ses problèmes, mais les habitants ont relevé la
tête.
LG : Pourquoi
faites-vous des réunions des habitants du quartier avant de réaliser
une fresque ? et considérez-vous les fresques murales comme de l’art ?
HB : Lorsque
vous allez voir un tableau dans un musée, il s’agit d’un acte
volontaire, vous franchissez les portes du musée pour aller voir une
œuvre, puis vous rentrez chez vous et c’est tout. Alors que pour une
fresque murale, la personne qui habite juste en face, en ouvrant sa
fenêtre tous les matins subira la peinture. Elle ne l’a pas choisie,
on lui impose. Alors autant qu’elle participe à sa conception afin
qu’elle ne se sente pas agressée par la peinture (si elle ne l’aime
pas). Les fresques murales ne sont pas spéculatives comme les
tableaux. On ne peut pas les revendre, ni déplacer une fresque. Nous
ne sommes donc pas dans la même catégorie artistique.
LG :
Jérusalem, Berlin, Mexico, Shanghaï et pourquoi aucune fresque de
CitéCréation dans Paris intramuros ?
HB : Ce n’est
pas faute d’avoir essayé, aussi bien sous l’ère Jacques Chirac que
sous celle du Maire actuel, mais ils ont toujours refusé. Je crois que
notre mode d’organisation, notre mode de travail, en faisant
participer les habitants, ne leur convient pas, de plus il doit y
avoir une certaine rivalité entre Paris et Lyon.
LG : La
stratégie de la Mairie de Paris est de faire réaliser des concours
d’artistes (des peintres renommés au niveau peinture sur toile), d’en
choisir un puis de faire réaliser la fresque par un muraliste, qui
n’est qu’un exécutant et qui droit transposer la maquette de l’artiste
sur le mur. Les habitants n’ont pas le droit à la parole, il s’agit de
transposer le musée dans la rue, l’art dans la rue. Le résultat est
complètement différent, les passants ont du mal à s’identifier à une
fresque qui est issue du fil conducteur d’un artiste peintre. Si l’on
ne connaît pas son œuvre, on a souvent du mal à apprécier.
Les dernières
fresques réalisées dans Paris datent de 2000. Pourquoi ? Parce qu’en
fait la Mairie a éclusé un solde de budget des publicitaires. Le
principe : pour obtenir un emplacement de panneaux de publicité, les
publicitaires devaient fournir un budget pour permettre la
réhabilitation de certaines façades d’immeubles, c’était la contre
partie. Depuis que ce budget a été soldé par une série de fresques
d’artistes (peintres) dans la capitale en 2000 (les fresques de l’an
2000), plus rien. La priorité de la nouvelle municipalité n’est
clairement plus l’art mural mais de faire du social. Résultat : Un
manque, un trou au niveau de cette expression.
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